édito

Manifestes pour les nouvelles écritures théâtrales

Les Rencontres d’été sont placées sous le signe du manifeste, en soutien aux auteurs de théâtre qui depuis quelques mois font entendre leur voix et alertent tutelles, médias et programmateurs sur la place de plus en plus réduite qui est aujourd’hui donnée à la création contemporaine et plus particulièrement au théâtre de texte.

Dans les programmations des scènes nationales, des opéras, des théâtres de ville, le texte contemporain parfois se fait rare, pourtant les questions qui animent notre société ne peuvent pas être traitées au théâtre uniquement sous le filtre de Molière, de Tchekhov, de Marivaux ou de Shakespeare, malgré leur universalité et leur contemporanéité.

Les auteurs dramatiques témoignent : oui, il y a une formidable force d’invention aujourd’hui en France et en Europe, relayée par des éditeurs que les auteurs de théâtre du monde entier envient à la France, car ils prennent le risque de l’édition du texte même sans perspective de mise en scène, même si le livre se vend de plus en plus difficilement et ils accompagnent les auteurs dans le développement d’une oeuvre durable ; les auteurs agissent, se constituent en collectifs, en groupements, postulent à des directions de Centres dramatiques ou proposent des actions en tant qu’artistes associés, appellent de leurs voeux une place plus grande dans les programmations et inventent d’autres formes de rapport au public, au théâtre, au jeu, à la mise en scène. Ils construisent une grande diversité de formats d’écritures, de nouveaux espaces de jeu, rappelant sans cesse l’importance de l’écriture dramatique dans la construction d’un récit et d’une pensée, d’une oeuvre musicale ou théâtrale, la force du langage, du mot, en indispensable complémentarité avec ce qu’offrent par ailleurs des spectacles plus « visuels ».

La Chartreuse – par sa complicité retrouvée avec les auteurs de théâtre – accompagne depuis près de cinq années ce renouvellement des écritures dramatiques – sous toutes leurs formes – en offrant aux auteurs les moyens d’un travail « hors du temps de la production », tout en les aidant à s’insérer dans les réseaux, en France et à l’étranger et à faire reconnaître l’importance du texte dans la construction d’un patrimoine théâtral vivant.

Les Rencontres d’été ne peuvent présenter qu’une toute petite partie de ce foisonnement créatif que la Chartreuse abrite avec près de cent cinquante auteurs et quatre cents artistes accueillis à l’année. Elles commenceront par la présentation des maquettes de l’Académie TOTEM(s) créée avec Roland Auzet pour permettre à de jeunes auteurs et de jeunes compositeurs de travailler en binôme à des projets de création, avec l’ambition de faire, même modestement, évoluer la question de la commande au sein des opéras ou des scènes musicales.

Elles se poursuivront avec des cartes blanches à ceux qui défendent en partenariat avec la Chartreuse la naissance de ces écritures : carte blanche à Christian Giriat, qui accompagne toute l’année les auteurs en résidence en tant que conseiller dramaturgique et qui présente cet été le dernier texte de Fabien Arca, K/C ; carte blanche au Collectif Traverse, né en janvier 2015 de la rencontre en table d’hôte de six jeunes auteurs qui ont souhaité poursuivre « l’effet Chartreuse » en se retrouvant régulièrement pour travailler, parfois sans objectif de résultat immédiat. Ils ont proposé d’autres manières d’écrire – en s’associant par exemple au Collectif de comédiens OS’O – d’autres manières de partager l’écriture naissante avec le public, d’encadrer des stages ou de s’entraider. L’heure est venue pour eux, non seulement de présenter chacun un texte personnel écrit à la Chartreuse, mais aussi de théoriser et de présenter ensemble leur « Manifeste », puis d’offrir au public une soirée festive consacrée à « l’amour » : une manière joyeuse de partager le plaisir de l’écriture contemporaine avec le plus grand nombre.

Et les Rencontres d’été se termineront avec une lecture-spectacle par Didier Bezace et Ariane Ascaride, dédiée à Jack Ralite. Jack Ralite était venu à la Chartreuse en février 2014 soutenir de son attentive bienveillance le lancement du nouveau projet. Il est décédé en novembre 2017. Il nous a semblé juste de l’associer à cette édition « Manifeste », lui qui avait notamment su fédérer un grand nombre d’artistes pour créer en 1987 les États généraux de la culture et lancer ce magnifique manifeste que fut la Déclaration des droits de la culture.

Catherine Dan
Directrice de la Chartreuse