résidences de recherche et d'expérimentation
SPY

Projet de spectacle théâtre, Internet, danse, vidéo.
Trio entre l’interprète, les concepteurs sonores et images.
(En résidence du 11 au 19 février et du 14 au 20 avril 2008).

conception artistique : Magali Desbazeille et Valéry Volf
textes : Gilles Leroy
performance : Valéry Volf
son et interactivité : Siegfried Canto
lumière : Renaud Lagier
traduction Maura Pollin
informatique : Sébastien Courvoisier

Production Sandrine Bouchetal, Vincent Eches
Made In Productions, Transcultures,
le Fresnoy Studio national des arts contemporains,
association artère, aide à la maquette Dicream, La Ferme Dubuisson.

     
   
spy
Recherches lors de la résidence au Fresnoy (studio national des arts contemporains)
© M.Desbazeille
À l’heure où 50 % de la population occidentale est connectée au réseau, à l’heure où la France est le premier pays de bloggers, SPY nous montre un homme en prise avec le monde numérique.
Envahi par les images, il est pris au piège de ses multiples identités, pseudos, avatars. Sa traçabilité est tangible. Il passe d’utilisateur analysé à voyeur. Il infiltre le réseau et accède aux requêtes des internautes sur les moteurs de recherche. Il remonte le réseau pour en décrypter les racines et les racines sont bien réelles, localisées, spatialisées, enjeux d’un pouvoir bien gardé.
Alors qu’une majorité d’activités impliquent la même posture corporelle : être assis devant son ordinateur. L’interprète va-t-il se réincarner, retrouver l’espace de son corps pour enfin exister In Real Life (IRL) ?

SPY est connecté au réseau pendant la représentation et rend visible, en temps réel, les données symptomatiques que sont les requêtes des internautes. L’environnement extérieur entre à l’intérieur.
L’écriture suit le filigrane narratif, l’interprète va-t-il sortir ? Tandis que le monde électronique repousse les limites de sa propre finitude, l’espace physique de l’interprète se réduit inexorablement. Moins il bouge, plus il parle. Ses soliloques sont parfois des balbutiements, des ellipses, des séries obsessionnelles ; parfois des élaborations de l’ordre du fantasme, de l’exhortation ou de l’épiphanie. Par collage et télescopage, SPY articule de l’organique, de l’intimité et des données documentaires. L’humour et l’atmosphère sont en contraste avec l’environnement des nouvelles technologies. Les faits intercalés laissent place au politiquement décalé.
Gilles Leroy est lauréat du prix Goncourt 2007 avec Alabama Song.
     
   
SPY upon the species
Avant-hier, 17 janvier 2007, j’ai demandé à Google si la chimio existait aussi pour les chiens. La réponse est oui, et je me suis demandé quoi faire. Ma chienne a l’air si heureuse de vivre. Pas malade du tout.
Avant-hier, 17 janvier 2007, un acteur à qui j’avais envoyé un mail m’a rappelé par téléphone : j’étais tétanisé et en colère contre lui parce que c’est pas des choses qu’on fait. J’attendais sa réponse électronique, pas sa voix de rêve - si charnelle, si proche. J’étais nul, sans mots, balbutiant, j’ai dû dire tellement de bêtises. Je n’ai aucun souvenir de ce qu’il m’a raconté. Depuis je lui en veux.
Avant-hier, 17 janvier 2007, j’ai demandé à Google si l’on avait écrit de nouvelles choses sur moi. La réponse était oui, et c’était sur deux blogs des jugements d’une agressivité rare. Bizarrement, ça ne m’a rien fait.

Gilles Leroy
     
    www.artere.org/spy/