Céline contre tous
« La misère a ceci de bon qu'elle nous fixe,
comme des clous, dans la main de Jésus-Christ . »
Léon Bloy , Journal
« Non, mon gars, tu ne mourras pas gelé. »
André Franquin , Idées Noires
Céline.:
Pas nazi. Ni politicien. Ni journaliste. Rien !
Professeur Dimbus:
Je le sais bien monsieur Céline.
Céline:
Et jamais vu un micro de ma vie ! Mensonges !
Regardez-moi dans les yeux professeur - Mensonges !
Paf !
Professeur Dimbus:
Vous me l'avez écrit plusieurs fois et moi -
Moi je vous crois.
Céline:
Un écrivain voilà.
Je suis resté strictement un écrivain.
Lequel de mes confrères peut en dire autant ?
Je n'ai jamais été d'aucun parti moi !
Je n'ai même jamais voté !
Paf !
Professeur Dimbus:
Malheur à qui le succès vous savez bien -
Céline.
Nous sommes victime d'une cabale - une sale cabale de rivaux jaloux. Oui Dimbus vous voyez juste encore une fois : le commencement de mes ennuis date bien de mon entrée fracassante dans la littérature.
Paf !
Professeur Dimbus:
Tout de suite vous avez pris la voix des humbles -
La voix mille fois amplifiée des humbles alors forcément -
Quand la Nuit -
Céline:
Trop tard : une affaire Dreyfus à rebours, cela seul importe aujourd'hui.
Paf !
Allez ! courez vite me dénoncer !
Avertissez la Légation que vous l'avez enfin levé le vieux salaud dégoûtant.
Ainsi vous aussi dans l'Histoire !
L'homme par qui Céline -
Autant que cet homme ce soit vous ! mon ami !
Pour le pauvre cadeau que je ferai aux vengeurs soviétiques ...
Professeur Dimbus:
Allons ! Pensez à votre oeuvre !
Céline:
Vous êtes gentil mais le vieillard est là : I feel two hundred years.
Saviez-vous que je suis mutilé des deux guerres - tête et bras ?
Professeur Dimbus:
Oui. Mais je réponds non.
Je préférais prendre votre place plutôt que -
Céline:
Vous avez raison !
Me laisser crever pour le seul plaisir de ces maniaques ?
Ah ! quel bon quel noble ami vous faites professeur !
J'ai cent millions d'épurateurs au cul et il faut que ce soit vous !
Un - un israélite !
Je ne mérite pas votre estime.
Professeur Dimbus:
C'est que je vous ai compris moi monsieur Céline.
Il fallait que je vous dise combien je vous ai compris.
Juif peut-être mais d'abord je sais lire.
Le siècle vous rendra justice vous verrez.
Céline:
A titre posthume oui !
Les charognes !
Paf !
Paf !
Paf !
Professeur Dimbus:
Aïe !
Céline:
Pardonnez -
La chasse aux mouches : le seul sport qui nous reste.
Professeur Dimbus:
Le premier peut-être je vous ai compris.
Le siècle nous rendra justice et ils verront vous verrez !
Tenez : d'ici là je vous ai apporté une bouteille du bon vin de votre pays.
Céline:
Du vin ! ! ?
Pouah.
Professeur Dimbus:
J'ai pensé qu'elle vous rappellerait la douce France et tout ça.
Céline:
Il ne fallait pas.
Professeur Dimbus:
Et ceci c'est pour madame.
Céline:
Ooh quelle gentille attention ! Des castagnettes ... Vous y avez pensé !
Lili viens voir ! Tes castagnettes sont là Lili ! Il y a pensé ! LILI !
Lili :
D'une pirouette traverse la pièce
petites pointes et révérence.
Professeur Dimbus:
Madame.
Céline:
Un secret tenez - un secret pour vous tout seul :
C'est elle qui l'a tout le génie, pas moi.
Regardez-la !
Je ne suis que le vieux mari cassé d'une Vénus éclatante !
Vous ai-je déjà dit son ravissement devant vos portraits photographiques ?
C'est qu'elle vous a jugé fort mâle et bien majestueux !
Elle que tout ce qui est hindou passionne, elle vous a même déclaré de sang hindou -
Vous êtes hindou Dimbus ?
Professeur Dimbus:
Hindou ? Pas du tout ?
Professeur à New York, rappelez-vous.
Céline:
Tant mieux. Personnellement, les Hindous ...
Madame Dimbus aussi je l'ai trouvée fort gracieuse.
Jolie carnation, jambes que l'on devine longues et musclées - des jambes américaines en somme.
Dimbus sort son appareil photo.
Céline:
Tss. Nous sommes ici incognito.
Madame Dimbus est comme vous ? - américaine ?
Professeur Dimbus:
Bien sûr.
Dimbus remballe son appareil photo.
Céline:
Je le savais.
Les nouveaux Athéniens c'est bien vous...
Les grands Juifs du cinéma d'Hollywood !
Ce que vous avez fait pour la beauté contemporaine avec votre technicolor et vos pin-up !
A propos, où se cache-t-elle ?
Professeur Dimbus:
Qui donc ?
Céline:
Mais Madame Dimbus cher ami. De qui parlons-nous ?
Professeur Dimbus:
Elle était un peu souffrante.
Il faut dire que votre description du Danemark -
Il y avait là de quoi la refroidir un peu c'est normal.
Céline:
Dommage.
Professeur Dimbus:
C'est précisément ce que je lui ai dit ...
Céline:
Dommage vraiment.
Lili a le goût des femmes bien faites comme votre épouse -
Pas vrai Lili ?
Et moi-même, voyeur comme je suis :
Qu'elles se branlent, qu'elles se dévorent ...
Pourquoi me regardez-vous comme ça ?
Professeur Dimbus:
C'est que je suis ému. Vous devant moi - enfin !
Le monstrueux ... je veux dire le génial auteur du Voyage ...
Céline:
Ne jouissez pas trop vite : nous sommes seuls ici dans la nuit et ce ne sont pas des monstres pour rire croyez-moi.
La faim.
La prison.
L'assassinat...
Vite professeur ! Vite !
S'imagine-t-on que j'ai encore des siècles à vivre !
Retour ! retour ! retour !
Et au galop !
Le monde entier attend mes livres !
Lili lui essuie la bave au menton.
Professeur Dimbus:
Il les lira !
La pétition dont je vous parlais -
Céline:
Quel bon quel brave ami vous faites.
Ce sont les amis exceptionnels de votre espèce qui nous feraient presque tout pardonner au genre humain ...
Autrement ...
Et ce serait mieux peut-être...
Foutre bon dieu !
Mon chat !
Où est mon chat ?
Tu ne l'as pas laissé sortir ?
Tu l'as laissé sortir ! -
Les Danois détestent les animaux domestiques ma chérie.
Les chats les chiens ils détestent.
Je te l'ai déjà expliqué.
Ce sont des Danois ma chérie.
Des Danois.
Dois-je encore te l'expliquer ?
Dois-je encore t'expliquer ce que sont les Danois ?
Bougre d'idiote malfaisante ! ! !
Sortie du Génie
Bébert !
Bébert !
Bébert !
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