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màj : 24/07/2013
HOMMAGE À JACQUES RIGAUD
Lors de la passation officielle devant le conseil d’administration du CIRCA, je lui ai dit qu’il devait rester notre grand protecteur, car personne n’était vraiment en mesure de lui succéder. Nous avons souvent fait le point par la suite, et ce furent à chaque fois des moments de bonheur partagé : gratitude de ma part, joie chez lui d’avoir l’écho direct des nouvelles avancées, étonnement commun devant la vitalité toujours renouvelée de ce Centre à nul autre pareil.
 
Avec sa modestie souriante, il a résumé au début de cette année, lors de la rencontre à Royaumont de l’Association des Centres culturels de rencontre, les conditions qui avaient présidé à l’émergence de cette formule originale : la nécessité d’un nouvel élan après la création du ministère de la Culture par André Malraux, la visite d’une Chartreuse en déshérence par le nouveau ministre Jacques Duhamel, son choix déterminant de lier étroitement la sauvegarde des monuments, supposée «conservatrice» et l’action culturelle, présumée «contestataire» pour lancer une politique cohérente à partir de hauts lieux du patrimoine. Jacques Rigaud avait rendu hommage à son ministre d’alors ainsi qu’à Jean Salusse, directeur de la Caisse Nationale des Monuments Historiques. Mais le troisième inventeur, ce fut lui.
Lui qui sut saisir cette opportunité pour faire de la Chartreuse ce qu’elle est devenue, un archétype, un modèle. Et sa longue présidence à Villeneuve a permis le déploiement d’une grande fresque qui réunit aujourd’hui une vingtaine de hauts lieux de rencontre et de création en France, eux-mêmes liés à autant de centres sur l’ensemble du continent.
 
Mais écoutons encore sa voix, telle qu’elle se prolonge dans son œuvre – près d’une vingtaine d’ouvrages en cinquante ans - écoutons ce qu’il a confié dans Le Bénéfice de l’Âge (Grasset, 1993), son amour de la Chartreuse, « animée d’une vie diffuse » portée par les siècles. Il nous parle d’un être vivant qui, dans le tâtonnement du début « s’est défendu et nous a rappelés à l’ordre. » Il pense alors qu’il faudra encore vingt-cinq ans pour la restaurer pleinement.
Mais dans le même temps, chaque fois qu’il y revient, il se réjouit de la voir rajeunir et éprouve alors « quelque chose qui ressemble à du bonheur », parce qu’il perçoit la « perpétuelle jeunesse des œuvres de l’esprit », leur capacité à transformer le monde : « toute œuvre est un mystère ».
Cet amour est conforté par un sens aigu de sa mission et par l’autorité du grand commis, mais ce qui l’emporte sur tout, c’est l’abandon émerveillé de celui qui ne veut être que « l’intendant » au service d’une création vivante, offerte à tous, sans distinction.
 
Et, plus loin, à propos du théâtre, pôle privilégié de la Chartreuse devenue Centre national des écritures du spectacle : pour lui, « cette forme immémoriale de la culture rayonne de vitalité et de jeunesse », et la Chartreuse est bien « un acte de foi dans le théâtre et le spectacle vivant », qui, à travers le temps, sont « les témoins véridiques de l’âme des peuples. »
 
Ces quelques rappels suffisent à dire le lien profond qui associe à tout jamais Jacques Rigaud à la Chartreuse. À travers ces décennies fructueuses, chacune de ses fréquentes visites était l’occasion pour l’un ou l’autre, directeur, collaborateur, résident, conférencier, animateur, spectateur, visiteur, de lui exprimer sa gratitude.
 
Puisse cette brève évocation témoigner de notre engagement sans faille, et de notre profonde reconnaissance envers celui qui reste notre maître et notre inspirateur. Le très long échange avec Jacques Rigaud le visionnaire, qui a donné tant de vie à la Chartreuse, ne s’interrompt pas, il continue autrement.
 
 
 
Pierre Morel
Président de la Chartreuse
 
 
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