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20/09/2010 15/10/2010
màj : 08/10/2010
VÉRONIQUE PITTOLO
En résidence du 20 septembre au 15 octobre 2010
Véronique Pittolo
 « J’aime révéler ce qui dans les fictions, le folklore, nous rassemble.
Dans La Révolution dans la poche (paru aux éditions Al Dante en 2009), je me suis interrogée sur l’héritage de la Révolution française par-delà la vision consensuelle, effet bicentenaire et autres images d’Épinal. La réalisation d’une clé USB constitue une réhabilitation audiovisuelle du moment Révolution, à travers une circulation interactive entre divers régimes d’images et de textes (discours historiques, exégèses, fictions, tableaux, photos, films). La résidence me permettra d’étudier une forme scénique de cet objet multimédia, en réfléchissant à une possibilité d’extension spatiale et sonore (projections) sous la forme d’une performance individuelle (conférence-fiction). La participation d’un designer sonore sera nécessaire à la scénographie de ce projet. »
 
Aide à la maquette du Dicréam.

Révolution et multimédia : pourquoi mettre la révolution française dans une clé USB ?
 
A priori, l’histoire de France et les nouvelles technologies n’ont pas de lien entre elles. Comment trouver un lien ? Qu’est-ce qu’un lien ? La démocratie a tenté d’établir un lien entre les hommes. Aujourd’hui, elle fait croire qu’elle veut le bonheur de tous à travers les expressions Droits de grève, Interdiction de fumer, Pouvoir d’achat. Les masses sont perfusées par les discours d’experts en finances, prises de risques, crédits infinis. Avec des actions, on vous fait croire que vous accédez aux bonnes choses, le bonheur dépend d’un baril de pétrole, la démocratie faiblit parce qu’on ne peut plus rembourser ni accéder aux délices du marché mondial.
A une époque où la désorientation et l’absence de mobilisation sont devenus les signes d’un malaise croissant, la question de la Révolution resurgit.
 
De quoi est-ce le symptôme ? Si 1789-1794 fut la période la plus troublante de notre Histoire, elle renvoie aujourd’hui à des notions usées qu’il faut réactiver. Les mots fondamentaux de république, démocratie, socialisme, sont devenus des concepts lourds de la plénitude de promesses non tenues. Comment revendiquer les idéaux originels des Droits de l’homme et comprendre, à la lettre, le discours des Lumières qui exalte le dévouement citoyen, l’attachement à la chose publique et le désir d’émancipation ? Si la Révolution Française constitue la plus formidable accélération de l’histoire, les moyens de sa retransmission sont demeurés traditionnels : textes, exégèses historiennes, œuvres d’art.
Il n’existe pas d’inscription matérielle de cette période dans un dispositif mnémotechnique en temps réel. Nous avons accès aux traces audiovisuelles des bouleversements du XXe siècle (Prise du Palais d’hiver, manifestations de 1936, mai 68), nous ne connaissons pas le son live de la Révolution française, ni la voix de ses grands tribuns.
La dimension acoustique de l’événement a permis l’explosion d’une parole libérée. C’est cette dimension inouïe, non entendue, que je propose à travers la clé USB-Révolution dans la poche. Après la parution de mon livre en décembre 2009 aux éditions Al Dante, ce petit objet multimédia relie un médium traditionnel (la littérature) à une proposition numérique actuelle. J’ajoute une dimension interactive à la fiction littéraire afin de tenter d’autres zones d’expérimentation, et de répondre à la question suivante :
Comment ce moment historique majeur a-t-il laissé des traces en nous ?
 
La numérisation des données se présente comme autant de signaux textuels, iconiques et sonores qui interrogent la Révolution à l’heure d’Internet et de la mondialisation. Ce petit objet obéit à un principe interactif qui contient des tableaux d’époque, des gravures, des photos, des textes et des petits films revisitant les discours de Marat et de Robespierre.
Inscrire l’histoire dans un support multimédia permet de poser la question de ce qu’il y avait avant : avant Internet, avant les techniques d’enregistrement, avant que la photographie, le gramophone et le cinéma ne permettent de fixer les moments marquants de l’histoire. On retient le plus souvent les retombées catastrophiques ou la légende noire (la Terreur, Robespierre), beaucoup moins le potentiel émancipateur et la promesse d’une humanité plus juste. Pourquoi un tel malentendu ?
Si le pessimisme consiste à énoncer que la loi du spectacle s’empare de tout ce qui prétend la contester, n’est-ce pas précisément le moment de relire, dans le texte et en images, les énoncés fondamentaux d’une parole libérée (Rousseau, Marat, Robespierre) ? De Jean-Jacques Rousseau à Wikipédia, la langue a muté vers la rentabilité et le tout communicationnel. Si toute promesse (poétique, politique, révolutionnaire) est devenue programme, des liens nouveaux sont à inventer entre les nouvelles technologies et la langue (la pensée, l’art, la littérature).
 
Dans mon livre, il est question d’un narrateur qui désire mettre en scène sa révolution dans un espace public (amphi). Il convoque le souvenir de 1789 et de la promesse révolutionnaire, en court-circuitant la parole spectaculaire marchande afin de montrer comment aujourd’hui la com. et le marketing sont devenues la politique. La clé USB constitue une réponse ironique à cette marchandisation. Il s’agit de circonvenir l’immédiateté, la souplesse, de la technologie pour construire un horizon d’attente jubilatoire.
 
Transcription scénique de la clé USB :
 
J’aimerais dans la forme scénique montrer des extraits audiovisuels comme la version «clip» de Marat dans la baignoire, le JT Robespierre, ou encore les images de la nature qui correspondent à un versant plus rousseauiste. J’envisage en alternance une lecture «live» et des passages projetés dans un dispositif qui reste à construire : immersion sonore, définition d’un principe d’interactivité entre la salle, les projections, ma lecture live et l’espace du plateau. La participation d’un designer sonore sera requise.
Cette version scénique devra interpeller le spectateur sur des points fondamentaux (le bonheur, la démocratie, l’attachement à la chose publique).
Si la révolution est située dans un horizon utopique (le Grand Soir…), la mise en abîme du projet révolutionnaire doit provoquer un effet catalyseur que la dimension «live» devra valoriser. Mon souhait est de susciter un télescopage de plusieurs temporalités - historique, numérique, scénique.
 
Véronique Pittolo
 
La Révolution dans la poche, Véronique Pittolo, éd Al Dante.
La clé - Révolution dans la poche, Projectile éditions, Paris, juillet 2010.
Contact : projectile.a@orange.fr
Diffusion en ligne : http://www.coclico.fr/revolution/
Contact : editions@coclico.fr

Rendez-vous lecture, jeudi 14 octobre 2010 à 18h30 : La Révolution dans la poche  (lecture performée avec des extraits de séquences de clé USB)

Mots-clés  : résidencesécritures
 
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