màj : 13/07/2010
HISTOIRE DU MONUMENT 4 | History of the monument 4
La Chartreuse de 1649 à 1973 | The Cloister from 1649 to 1973
1649-1973 : APOGÉE, RICHESSE, RÉVOLUTION ET LAÏCISATION (du ministère de la foi à celui de la culture)
La Chartreuse est à son apogée ; elle est devenue la plus riche de France. Elle abrite près de 100 personnes dont 24 pères et 30 frères convers, et un nombre à peu près égal de domestiques et d'ouvriers. La richesse de la communauté se lit dans l'or et les marbres, dans les sculptures et les tableaux qui ornent les murs.
En 1649, un projet de portail monumental envisagé quatre ans plus tôt, est finalement réalisé, par l’architecte François Royers de la Valfenière. Sa luxuriance baroque est sans doute peu cartusienne, mais elle reflète le goût du temps et l’esprit de la contre-réforme. En 1660, Louis XIV le franchira en grand cérémonial lorsqu'il viendra en visite à la Chartreuse accompagné d'une nombreuse suite. A l'aube du XVIIIe siècle, à l'exception de la chapelle des morts que l'on va bientôt construire dans le cloître du cimetière, il ne reste plus qu'à parachever des locaux dont la fonction est plus économique que religieuse : on bâtit des granges, l'hôtellerie, un magasin à bois, l'hôpital et la cuisine des domestiques, on recouvre d'un dôme la fontaine Saint Jean. Au dehors, la tourmente révolutionnaire éclate. Trois dates suffisent pour dire l'effondrement d'un monde qui avait duré quatre siècles :
- 14 février 1790 : suppression des ordres religieux.
- fin 1792 : départ des chartreux
- 27 mai 1793 : mise en vente du couvent.
Les terrains et bâtiments qui appartenaient à la Chartreuse sont déclarés biens nationaux, divisés en 17 lots et vendus par adjudication à Beaucaire le 1er Thermidor de l'an II (19 juillet 1794). Les "tableaux, marbres, boiseries et fresques se trouvant dans l'église et les chapelles attenantes, la sacristie et le réfectoire" sont exclus de la vente. Il faut ajouter à cette énumération les 8500 volumes de la bibliothèque, le médailler et autres richesses qui se trouvent dispersés et, pour la majorité, disparaissent. Seul l'inventaire, dressé en 1791, nous donne la mesure des biens artistiques et artisanaux qu'abritait la Chartreuse. Le XIX° siècle est pour la Chartreuse une période de déclassement, puisqu’elle devient un quartier, plus ou moins mal famé, de Villeneuve Lors de sa visite en 1834, Prosper Mérimée ne voit même pas la Chartreuse et ne s’intéresse qu’au tombeau d’Innocent VI, et aux outrages qu’il a subis : "des tonneaux, des troncs d'oliviers, des échelles énormes sont entassés dans le petit réduit où se trouve le mausolée... Le propriétaire de la masure a défoncé le soubassement pour s'en faire une armoire." Le rapport qu'il dresse est un constat accablant, c'est aussi un cri d'alarme, un appel adressé à l'Etat pour qu'il assume sa responsabilité de préservation du patrimoine. Il faudra trois quarts de siècle pour que son appel soit entendu.
Le XX° siècle sera celui de la reprise du monument. En 1909, Jules Formigé, architecte, remet à la Commission des Monuments Historiques son "Rapport sur la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon". C'est un état des lieux scrupuleux, documenté, qui appelle une action. L'Etat entame en effet cette action qui s'étale, elle aussi, sur près de trois quarts de siècle et qui tient en trois mots : racheter, restaurer, réhabiliter.
Parcelle par parcelle, l'Etat rachète terrains et bâtiments aux quelque trois cents propriétaires privés qui occupaient les lieux. La restauration peut alors être entreprise et continue de nos jours. Il ne restait plus qu'à redonner une âme à ce bâtiment prestigieux, à l'habiter. Ce sera chose faite en 1973 avec la création du CIRCA, qui met en œuvre un projet culturel ambitieux : faire de ce lieu une Villa Médicis à la française. C'est ici qu'une autre histoire commence. Vous en aurez un aperçu en vous rendant sur la partie C.N.E.S. (Centre National des Ecritures du Spectacle) du site de la Chartreuse.
La Chartreuse est à son apogée ; elle est devenue la plus riche de France. Elle abrite près de 100 personnes dont 24 pères et 30 frères convers, et un nombre à peu près égal de domestiques et d'ouvriers. La richesse de la communauté se lit dans l'or et les marbres, dans les sculptures et les tableaux qui ornent les murs.
En 1649, un projet de portail monumental envisagé quatre ans plus tôt, est finalement réalisé, par l’architecte François Royers de la Valfenière. Sa luxuriance baroque est sans doute peu cartusienne, mais elle reflète le goût du temps et l’esprit de la contre-réforme. En 1660, Louis XIV le franchira en grand cérémonial lorsqu'il viendra en visite à la Chartreuse accompagné d'une nombreuse suite. A l'aube du XVIIIe siècle, à l'exception de la chapelle des morts que l'on va bientôt construire dans le cloître du cimetière, il ne reste plus qu'à parachever des locaux dont la fonction est plus économique que religieuse : on bâtit des granges, l'hôtellerie, un magasin à bois, l'hôpital et la cuisine des domestiques, on recouvre d'un dôme la fontaine Saint Jean. Au dehors, la tourmente révolutionnaire éclate. Trois dates suffisent pour dire l'effondrement d'un monde qui avait duré quatre siècles :
- 14 février 1790 : suppression des ordres religieux.
- fin 1792 : départ des chartreux
- 27 mai 1793 : mise en vente du couvent.
Les terrains et bâtiments qui appartenaient à la Chartreuse sont déclarés biens nationaux, divisés en 17 lots et vendus par adjudication à Beaucaire le 1er Thermidor de l'an II (19 juillet 1794). Les "tableaux, marbres, boiseries et fresques se trouvant dans l'église et les chapelles attenantes, la sacristie et le réfectoire" sont exclus de la vente. Il faut ajouter à cette énumération les 8500 volumes de la bibliothèque, le médailler et autres richesses qui se trouvent dispersés et, pour la majorité, disparaissent. Seul l'inventaire, dressé en 1791, nous donne la mesure des biens artistiques et artisanaux qu'abritait la Chartreuse. Le XIX° siècle est pour la Chartreuse une période de déclassement, puisqu’elle devient un quartier, plus ou moins mal famé, de Villeneuve Lors de sa visite en 1834, Prosper Mérimée ne voit même pas la Chartreuse et ne s’intéresse qu’au tombeau d’Innocent VI, et aux outrages qu’il a subis : "des tonneaux, des troncs d'oliviers, des échelles énormes sont entassés dans le petit réduit où se trouve le mausolée... Le propriétaire de la masure a défoncé le soubassement pour s'en faire une armoire." Le rapport qu'il dresse est un constat accablant, c'est aussi un cri d'alarme, un appel adressé à l'Etat pour qu'il assume sa responsabilité de préservation du patrimoine. Il faudra trois quarts de siècle pour que son appel soit entendu.
Le XX° siècle sera celui de la reprise du monument. En 1909, Jules Formigé, architecte, remet à la Commission des Monuments Historiques son "Rapport sur la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon". C'est un état des lieux scrupuleux, documenté, qui appelle une action. L'Etat entame en effet cette action qui s'étale, elle aussi, sur près de trois quarts de siècle et qui tient en trois mots : racheter, restaurer, réhabiliter.
Parcelle par parcelle, l'Etat rachète terrains et bâtiments aux quelque trois cents propriétaires privés qui occupaient les lieux. La restauration peut alors être entreprise et continue de nos jours. Il ne restait plus qu'à redonner une âme à ce bâtiment prestigieux, à l'habiter. Ce sera chose faite en 1973 avec la création du CIRCA, qui met en œuvre un projet culturel ambitieux : faire de ce lieu une Villa Médicis à la française. C'est ici qu'une autre histoire commence. Vous en aurez un aperçu en vous rendant sur la partie C.N.E.S. (Centre National des Ecritures du Spectacle) du site de la Chartreuse.
HISTORY OF THE MONUMENT 4
1649-1973 : PEAK, WEALTH, REVOLUTION AND LAICIZATION
(from the Ministry of Faith to the one of Culture)
It is 1649. La Chartreuse has reached its peak; it has become the richest in France.
From 1603, Claude de Montconis, from Lyon, sets about the draining of the ponds in Pujaut and Rochefort on which the Carthusian monks had fishing rights. In compensation, the monastery gets lands which will form a property of 500 hectares of good soils. Three farms are set up: Saint Hughes (1616), Saint Bruno (1653), and Saint Anthelme (1681). One century later, there will be 542 sheep and 213 ewes. That being the case, one can see how, during the 1709 famine, La Chartreuse could feed 2000 people.
It hosts almost 100 people among whom 40 fathers, 30 lay brothers and almost the same number of domestics and workmen. The wealth of the community can be seen in the gold and the marbles; the sculptures and the paintings which embellish the walls. Four years earlier, the project of a monumental gate had been mentioned then abandoned. It will finally be achieved in 1649. Its baroque luxuriance is most certainly not very carthusian, but it reflects the taste of the time. In 1660, Louis XIV will go through it with great ceremonial at the occasion of a visit at la Chartreus with the company of a numerous retinue.
At the dawn of the 18th century, except for the chapel of the deaths which soon will be built in the cemetery cloister, only the premises remain to be built, for an economic function rather than for a religious one. Barns, guest quarters, a wood storeroom, the hospital and the domestics’ kitchen will be built; the Saint-John Fountain is recovered with a dome. Outside, the revolution turmoil breaks out.
Three dates suffice to tell the collapsing of a four-century world :
- February, 14th, 1970: deletion of the religious orders.
(between May 1790 and January 1791, the carthusian fathers are questioned about their intensions. Thirty of them wish to observe their vows and follow their Prior, Dom Joseph de Camaret, to Pernes. They will never come back at La Chartreuse. The other ten go back to a secular life. The community is dissolved.
- end of 1792: departure of the Carthusian monks.
- May, 27th 1793: the monastery is put up for sale
The lands and buildings belonging to La Chartreuse are declared national property, divided into 17 lots and sold by auction in Beaucaire the 1st Thermidor of year II (July, 19th 1794.) The “paintings, marbles, woodwork and frescos which were in the church and the adjoining chapels, the sacristy and the refectory” are excluded from the sale. To this enumeration need to be added the 8500 volumes of the library, the medal cabinet and other riches that are scattered and which, for the great majority, disappear. Only the inventory, made in 1791, gives us the measure of the artistic and artisanal goods La Chartreuse abounded with.
From 1834, Prosper Mérimée is infuriated by the outrages the mausoleum of Innocent VI had undergone. During an inspection tour of the historic monuments, he discovers the extent of the damage: “barrels, olive tree trunks, enormous ladders are piled up into the cubbyhole where the mausoleum is situated… the owner of the tumbledown has smashed the base down, in order to turn the place into a wardrobe.” The report he dresses up is a tremendous acknowledgment; it is also an alarm shout, a call addressed to the State requesting it to take on its responsibility in the preservation of the patrimony. Three quarters of a century will be needed for his call to be heard. In 1909, the architect Jules Formigé, hands in his “report on La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon” to the Ancient Monuments Commission. It is a scrupulous, well-documented inventory which calls for an action. The State thus begins this action which lasts almost three quarters of a century as well, and can be summed up by three words: buy out, restore, rehabilitate. Parcel after parcel, the State buys out lands and buildings to the three hundred private owners who were occupying the place. The restoration process, then, can start and continue until today.
The only thing left to do was to restore the spirit of this prestigious building, to inhabit it. This will be done in 1973 with the ambitious cultural project which intended to turn this somehow magical place into a French Villa Medici. History stops here; another history begins here, too. You will have an idea of it by visiting the C.N.E.S (National Center for Dramatic Writing) part of La Chartreuse’s website.



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